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  • : Vous trouverez sur mon blog des textes tout droit sortis de mon imagination (nouvelles, poèmes, etc) et que je veux partager avec vous. Je ne prétends pas produire du grand art, mais si je vous fais un peu sourire (Ping le Panda, Taksi le koala à la noix, l'Astuce du jour) ou un peu frissonner (Les Poursuivants, Coupure de Courant, le Reflet dans la Vitre), je suis déjà contente de moi! Je fais plein d'autres choses à côté, alors il n'est pas facile pour moi de publier de nouveaux articles […]
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Commentaires

 
         - Plus que cinq minutes !
         Ping jeta un regard mauvais à la maquilleuse qui lui poudrait le visage comme les fesses d’un nourrisson.
- C’est pour faire ressortir le contraste de votre pelage merveilleux, dit-elle avec un sourire.
- S’il est si merveilleux, pas besoin de le faire ressortir, grogna Ping en savourant néanmoins le compliment.
         L’attaque du Gang des Petits Sumos avait fait la une des journaux à son arrivée au Japon, et la chaîne la plus puissante du pays l’avait contacté pour passer dans son émission phare dès le lendemain soir. Pétale, que ce projet n’enchantait guère, avait objecté que Ping ne parlait pas un mot de japonais, mais la production avait assuré qu’il y aurait un interprète pour la traduction simultanée.
- Allons, pourquoi tu t’inquiètes ? lui avait demandé Rabat-Joie. Ce n’est que le début d’une célébrité mondiale ! Et Ping sait bien se tenir, quand il veut…
         Souriant de toutes ses dents feuillues, Ping avait vigoureusement hoché la tête, mais à présent qu’il était à quelques minutes de monter sur le plateau de télévision, il sentait le trac tendre les muscles de son visage et tordre son ventre rebondi. Une assistante vint le chercher dans sa loge et lui plaça une oreillette.
- Et maintenant, laissez- moi vous présenter la star hong-kongaise de cinéma : Ping le Panda !
         Un tonnerre d’applaudissement salua son entrée sur le plateau chaud comme un four, où il dut se repérer aux voix du public et du présentateur, tant les spots l’aveuglaient.
- Ping, bienvenue sur le plateau de « Maman a pas encore fait à manger, on peut regarder la télé » !
         Le présentateur lui indiqua un fauteuil, derrière lequel une jolie jeune femme portant un casque de standardiste était assise, sur une chaise surélevée. Elle traduisit instantanément les paroles du présentateur en mandarin, en adressant à Ping un large sourire. Il tomba aussitôt amoureux d’elle, tout en notant que son accent chinois laissait tout de même un peu à désirer.
         Le présentateur se mit à parler, et la jeune femme commença la traduction.
- Alors, Ping, tout le monde se pose la question en voyant votre regard de star hollywoodienne : portez-vous des faux-cils? demanda le présentateur.
         Ping éclata de rire en effleurant ses longs cils du doigt.
- Non, je mets du mascara, mais je n’en mets jamais plus d’un petit coup, pour me mettre en valeur, répondit-il, flatté qu’on se soit rendu compte de sa coquetterie.
         A l’image du public, le présentateur resta bouche bée.
- Comment ? s’étonna-t-il. Mais comment faites-vous pour être aussi virulent et mobile dans ces conditions ?
         Interloqué, Ping le regarda sans comprendre. De là où il était assis, maintenant que ses yeux étaient habitués aux spots, il pouvait voir les coulisses, et Pétale qui secouait la tête en se tenant le front, debout à côté de Rabat-Joie qui se tordait de rire.
- Pardon, je n’ai pas bien compris la question…, dit Ping en se tournant vers la traductrice.
         Elle traduisit tranquillement et lui sourit. Il se rasséréna, mais seulement une seconde, car le présentateur et le public poussèrent des cris de surprise confuse.
- Ping-san, nous ne savions pas que vous aimiez les glands aussi ! s’écria le présentateur. Vous êtes plutôt connu pour manger des pousses de bambou.
         Ping fronça les sourcils et haussa les épaules.
- En Chine, dans le Yunnan, je vivais dans la forêt et je mangeais de tout, dit-il. La forêt est très grande. La Chine est très grande.
         Un silence embarrassé accueillit la traduction de ses paroles. Le présentateur transpirait à grosses go^tes. Dans les coulisses, le réalisateur restait immobile, la bouche ouverte, les yeux fixés sur lui. C’est à ce moment que Pétale fit irruption sur le plateau, entraînant avec lui deux assistants qui tentaient de le retenir chacun par une jambe.
- C’est la traductrice ! cria-t-il. Elle traduit tout de travers !
         La jeune femme sursauta sur sa chaise en voyant Pétale se ruer vers elle tandis que Ping n’osait plus ni bouger ni ouvrir la bouche. Qu’avait-elle bien pu dire comme bêtises depuis le début de l’interview ? Soudain, une femme se leva dans la foule et poussa un cri de colère en pointant la scène du doigt. Aussitôt, le public se leva d’un bond et se rua vers le plateau en dévalant les escaliers des gradins comme une armée au pas de charge, malgré les cris du présentateur qui semblait les exhorter au calme. Retrouvant aussitôt ses esprits, Ping bondit sur ses pattes et plongea vers les coulisses, glissant sur le ventre jusqu’aux pieds de Rabat-Joie. Les techniciens, assistants et producteurs couraient dans le sens contraire, en hurlant, et bientôt, les agents de sécurité suivirent.
- Mais qu’est-ce que j’ai dit ? se lamenta Ping.
- Ce n’est pas après toi qu’ils en ont, répondit Rabat-Joie entre deux accès de fou rire. C’est Pétale : il s’est jeté sur la traductrice. Ils ne pouvaient pas rester les bras croisés, non ?
         Ping jeta un regard étonné à la mêlée hurlante improbable qui remuait et grouillait maintenant sur le plateau. Et dire que Pétale était la-dessous !
- Ouais, c’est vrai qu’elle est pas mal, mais enfin, tout de même, maugréa-t-il.
         La police intervint et, au bout d’une heure, on réussit à exhumer Pétale et la traductrice japonaise. Personne n’osa faire remarquer à Pétale qu’il avait du rouge à lèvres sur le visage, et on ne lui demanda pas non plus à la traductrice pourquoi elle tenait un pan de sa chemise dans la main.
- Ben alors, qu’est-ce qui t’a pris ? râla Ping en le soutenant.
- Elle ne parle pas bien le chinois, expliqua-t-il, furieux. Elle ne traduisait pas bien les questions et les réponses.
- Comment le sais-tu ? demanda Rabat-Joie. Tu parles japonais ?
         Pétale secoua la tête.
- Non, mais ce n’est pas difficile à deviner en voyant la réaction du public et l’air effaré de Ping. Du coup, j’ai voulu l’arrêter avant qu’elle ne fasse plus de dégâts, mais je crois que je suis arrivé trop tard…
         Ping et Rabat-Joie suivirent son regard et se tournèrent vers le plateau où le présentateur, le producteur et la traductrice étaient en conversation animée avec la police. La jeune femme vit qu’ils la regardaient et fit un petit signe de la main à Pétale, auquel il répondit d’un geste embarrassé. Rabat-Joie et de Ping se jetèrent un regard entendu, puis le considérèrent du coin de l’œil, les paupières mi-closes.
- Quoi ? protesta Pétale, d’un air de défi. Elle m’a demandé de l’aider à améliorer son accent : ce n’est pas interdit, que je sache !
- Ah, ouais ? fit Ping d’un ton ironique. Tu ne parles pas japonais et elle comprend mal chinois, mais ça ne vous a posé aucun problème de compréhension ?
         Les lèvres de Pétales frémirent.
- Oh, ne m’en parle pas ! soupira-t-il, les yeux brillants. Avec tous ces gens qui poussaient et hurlaient, nous avons dû improviser…
Chapitre 12 Ping et le Gang des petits Sumo
            Pour l’occasion, Ping avait teint sa crête en une nuance de rouge un peu plus sombre, car il ne voulait pas qu’on dise qu’il se négligeait. Comme lui et ses amis s’y attendaient, un attroupement de fans le salua à son arrivée à l’aéroport d’Osaka. Au milieu de la foule hurlante qui se pressait pour le voir de plus près, Ping remarqua une petite boule vivante aussi ronde qui ne le quittait pas des yeux et tenait à bout de bras une pancarte qui le fit pâlir de rage.
- « Ping le Panda est un imposteur… », lut-il d’une voix si haut perchée qu’elle ressemblait à un cri d’oiseau.
- « … il n’y a pas de honte à être un petit sumo! », termina Rabat-Joie, qui s’était arrêté de faire des clins d’œil aux filles et de taper des poses devant les objectifs.
            Pétale haussa les épaules.
- Ce petit garçon a envie de se faire remarquer, maugréa-t-il. Tu ne vas pas te fâcher pour si peu….
            Une musique de fanfare militaire fit soudain vibrer l’air du hall de l’aéroport, et Ping porta son poing droit sur son cœur, l’air solennel et le museau haut.
- Mon honneur est en jeu ! Je ne pourrai pas vivre une seconde de plus sans laver cet affront ! déclara-t-il, la crête flamboyante.
            Pétale poussa un soupir : quel honneur pouvait donc avoir un panda punk boudiné dans une tenue en cuir ? Et n’était-ce pas un bouquet de pousses de bambou passé en fraude qu’on voyait dépasser de son caleçon Titi & Grosminet ? Il allait d’exprimer son point de manière très modérée, lorsqu’il s’aperçut que Ping avait disparu. Au même moment, des cris retentirent dans la foule, et elle se fendit pour révéler une scène incroyable : le petit garçon se tenait fièrement debout, un pied victorieux sur sa bedaine qui ondulait encore du choc de la chute (il avait bu beaucoup de soda dans l’avion, malgré les conseils de Pétale). Les flashs crépitèrent si fort que plusieurs personnes chaussèrent des lunettes de soleil.
- C’est la fin d’un mythe ! hurlait un journaliste en direct devant une caméra nippone.
            Des enfants se mirent à pleurer.
- Dégage, vite ! souffla Rabat-Joie à Ping en faisant mine de prendre une pause comique à côté de lui.
- Je peux pas, gémit celui-ci avec une grimace. Le petit me tient !
            Toujours en jouant la comédie, Rabat-Joie s’approcha du petit garçon et voulut lui passer un bras autour des épaules, mais il se prit une telle baffe dans la figure, qu’il rejoignit Ping la seconde suivante, tout surpris.
- Vous avez l’air fin, tous les deux, railla Pétale en s’approchant à son tour.
            Il tendit le bras, et ils virent qu’il tenait une barre chocolatée.
- C’est de la bonne ? demanda le garçon, le regard soupçonneux
- Elle est presque pure, répondit Pétale. C’est du 90%, mais il l’ont coupée avec des noisettes. Relâche Ping !
- Non, donne-la d’abord !
            Pétale secoua la tête :
- Y a pas moyen.
            Le visage du petit garçon rougit d’un coup, et il tendit son bras potelé, mais il n’était pas assez long pour atteindre la barre chocolatée que Pétale mettait progressivement hors de sa portée. Soudain, il leva les poings et prit une profonde inspiration.
- Gang des Petits Sumos, à l’attaque !
            Des boulets de canons surgirent de nulle part, les uns traversant la foule comme un jeu de quilles, les autres fendant l’air comme propulsés par des catapultes invisibles. Un mouvement de panique dispersa la foule, et seuls restèrent les agents de la sécurité, qui tremblants, observaient la scène, pendant que le journaliste en direct, continuait de décrire les événements, au péril de sa vie :
- … sur le lieu de la prise d’otage de la star mondiale par le Gang des Petits Sumos, dont le chef, Chisaikuchi*, est à l’origine de la ruine de plusieurs commerçants de friandises et de confiseries dans notre ville. Le hall de l’aéroport est à présent cerné, et l’ami courageux de Ping le Panda aussi. On peut deviner à la rapidité avec laquelle la star du kung-fu chinois a été défaite, que Chisaikuchi a utilisé sa redoutable technique des « mains collantes », inspirée du winchun, mais amélioré par la présence de couches successives de graisses et de sucre sur ses doigts. Cette technique avait déjà coûté de le déjeuner d’un policier le mois dernier, qui avait vomi à la seule vue de sa paume ouverte fondant sur son visage…
- Berk ! crièrent en chœur Ping, Pétale et Rabat-Joie.
            Cet instant de distraction fut suffisant pour désarmer Pétale : un des Petits Sumos se jeta sur lui et, pendant que deux autres lui prêtaient main forte, lui arracha sa barre de chocolat. Malgré ses cris de souffrance et d’effroi, aucun agent de la sécurité n’osa intervenir, et Pétale n’était plus en mesure de bouger lorsque que les enfants se relevèrent.
- Mouais, ch’est de la bonne, admit Chisakuchi en enfournant le butin dans sa bouche.
            Puis il se pencha au-dessus de Ping d’un air furieux :
- Il ne faut pas avoir honte d’être gros et petit, et encore moins d’être un Sumo !
            Battant l’air des pattes, Ping tenta de se redresser, en vain.
- Mais je ne suis pas un sumo, protesta-t-il. Je suis un authentique panda !
            Chisaikuchi lui lança un regard las, puis le libéra.
- On va voir ça ! cria-t-il soudain.
            Ping vit ses mains couvertes d’un film verte suspecte rapprocher comme au ralenti tandis qu’il s’éloignait d’un pas. Son cri de terreur fit exploser les baies vitrées et les néons du hall. Pour son malheur, stressé par la menace imminente de ces mains criminelles, il ne put éviter Rabat-Joie, qui fuyait lui aussi en rampant.
- Non, au secours, sauvez-moi ! hurla-t-il quand Chisaikuchi le saisit comme une peluche.
            Comme il se débattait, il sentit que les mains du monstre adhéraient tant à ses poils, qu’il risquait de peler en cherchant à s’arracher de son étreinte. Résigné, dégoûté et furieux, Ping cessa de remuer et croisa les bras en tapant de la griffe avec impatience.
- Bon, ça y est, t’es convaincu ? demanda-t-il, d’un ton bougon.
- Moui, maintenant je te crois, déclara le garçon. Il faudra que tu me donnes ta recette pour sucrer tes pousses de bambous : elles sont délicieuses.
            Révolté par le sans-gêne de ce délinquant qui avait poussé l’affront jusqu’à le délester de sa petite réserve coupe-faim, Ping tempêta jusqu’à celui-ci décide de le lâcher.
- Batta** ! Apporte le pistolet à détergent sous pression et le chalumeau ! hurla-t-il.
            La plupart des témoins ne voulurent pas regarder, sauf le journaliste, bien sûr, qui eut tout de même le tact de ne pas faire de commentaire en direct. Une équipe de prise en charge psychologique fut dépêchée sur les lieux, mais ils trouvèrent Ping dans un état euphorique, car après s’être regardé dans un miroir, il trouvait amusant de se trouver deux petites ailes d’ange roses taillées au chalumeau dans son dos.
D’ailleurs, dès le lendemain, tous ses fans en avaient aussi.
 


* Chisaikuchi signifie « petite bouche » en japonais.
* * batta signifie « criquet » en japonais
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